« MIROIR, MON BEAU MIROIR, DIS-MOI QUI EST LA PLUS BELLE ? »

Il y a quelques temps, j’ai pu faire la rencontre de Aicha, la blogueuse qui se cache derrière Afrofeminista. C’est un blog qui a vu le jour il y a deux ans, dédié au féminisme des femmes noires. Sur son blog, elle décrypte et analyse les différentes situations que peuvent vivres les femmes noires d’Afrique et de la diaspora. Avec le temps, j’ai pu découvrir une femme dévouée et remplie de convictions. Après plusieurs échanges, nous sommes venus à l’idée d’unir nos plumes afin de partager nos avis par rapport à la perception de la beauté chez les femmes noires. Elle partagera sa vision et son expérience en tant que adulte et moi en tant que adolescente de 15 ans (ICI).
Je vous laisse donc sur la rédaction de Aicha en espérant que celle-ci vous plaira,
Bonne lecture !
(P.S.: N’hésiter surtout pas à jeter un coup d’œil à son blog (Afrofeminista), ça en vaut grandement la peine!)

Aicha, rédactrice du blog Afrofeminista.
« Miroir mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle ? » Cette célèbre phrase tirée d’un dessin animé de Disney est révélatrice de la quête de beauté chez les femmes du monde entier. Comme toutes ces femmes, j’ai également nourri ce rêve dans mon enfance d’être conforme aux standards de beauté érigés dans les médias occidentaux. La petite fille noire que j’étais était en admiration devant des célébrités telles que Claudia Schiffer, Marylin Monroe ou encore devant ma poupée Barbie. Leur peau laiteuse et leurs cheveux blonds et lisses contrastaient tant avec la noirceur de ma peau et mes cheveux crépus que mon seul désir était de leur ressembler à tout prix.
 Je me souviens encore, comme si c’était hier, de cette habitude que j’avais de mettre un pagne sur mes cheveux afin de donner l’illusion que j’avais des cheveux lisses quand je me regardais dans le miroir ou de ce souhait que je formulais chaque jour d’avoir la plus claire.
J’étais invisible. Enfant, je ne me voyais ni à la télévision ni dans les magazines. Hormis ma mère et les femmes de ma famille, je n’avais aucun modèle de beauté auquel m’identifier qui me ressemblait. Je n’avais donc d’autre choix que de vénérer les femmes blanches mises en avant dans les médias, persuadée à l’époque, qu’elles représentaient l’unique modèle de beauté.
Les années passèrent, progressivement de plus en plus de femmes noires commencèrent à envahir les couvertures des magazines et l’espace médiatique. Tyra Banks, Beyoncé et Rihanna, entre autres, étaient plébiscitées de toutes parts pour leur talent et leur beauté. J’aurais dû m’en réjouir n’est- ce pas ? Cette visibilité grandissante des femmes noires dans les médias mainstream aurait dû résoudre mon problème d’estime de moi mais ce ne fut pas le cas. Pourquoi ? Car ces femmes bien qu’elles furent noires ne me ressemblaient toujours pas. La peau claire, le nez fin et les cheveux lisses, tous ces attributs qui étaient les leurs étaient loin de me correspondre et cela me fit intégrer l’idée qu’une femme noire ne pouvait être belle qu’en ayant un phénotype se rapprochant des standards de beauté occidentaux.
Au-delà des médias, mon vécu ne faisait que renforcer cette idée. En effet, durant mon adolescence et au début de ma vie d’adulte, je fus victime de « colorisme ». Ce terme désigne un ensemble de préjugés ou des discriminations fondées sur le fait qu’une peau soit plus ou moins foncée. En effet, j’attirais peu les garçons qui s’intéressaient nettement plus à mes amies métisses ou plus claires que moi. Je n’étais jamais leur premier choix, au contraire j’étais plutôt celle vers laquelle on se tournait en dernier recours lorsque celles qui étaient convoitées ne pouvaient répondre à leurs sollicitations.
De plus, combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase, que toutes les femmes noires ont entendu au moins dans leur vie, « Tu es belle pour noire ! » Ce qui était censé être un « compliment » dans la bouche de mes interlocuteurs n’était qu’une énième gifle pour la jeune fille insécure et mal dans sa peau que j’étais à l’époque et ne faisait que consolider dans ma tête cette idée qu’être noire ne pouvait être synonyme de beauté.
Ce type de micro-agressions ne faisait que renforcer mon sentiment d’invisibilité et mes insécurités. Je ne pouvais me regarder dans le miroir chaque matin et chaque soir sans scruter mon visage durant de longues minutes en me demandant « Pourquoi ? Pourquoi je ne leur ressemble pas ? ».
On dit souvent que trente ans est l’âge de la raison. Ayant passé ce cap, je dois avouer que j’ai énormément évolué en ce qui concerne mon image et que je ne porte plus en moi ces insécurités liées à ma beauté. La maturité, le mouvement du retour au naturel et l’émergence de bloggeuses et youtubeuses noires m’ont permis de m’accepter telle je suis sans complexes et de célébrer mes attributs physiques. Aujourd’hui, je porte avec fierté mes cheveux naturels et je n’ai aucunement honte de ma couleur de peau, de mes cheveux crépus, de mon nez épaté et de mes lèvres charnues. Ces attributs me définissent, ils représentent mon héritage, mon histoire et mon identité africaine dont je suis fière.
Malgré mes tribulations et mon manque d’estime de moi-même durant ma jeunesse, je n’ai jamais eu recours à des procédés visant à modifier mon apparence tels que l’éclaircissement de la peau ou la chirurgie esthétique. J’ai eu la chance d’être entourée de personnes bienveillantes qui n’ont eu de cesse de me répéter que j’étais belle telle que j’étais au moment où je n’étais pas capable de le voir. C’est sans doute ce qui m’a sauvé. D’autres femmes n’ont pas eu cette chance et cela explique le fait qu’elles utilisent des méthodes dangereuses afin de se conformer aux standards de beauté eurocentrés. Elles méritent notre compréhension, notre compassion et notre aide car il est important de comprendre qu’elles ne sont que des victimes de la pression exercée par les médias, et parfois par leur entourage proche, qui les poussent à altérer leurs attributs physiques afin de ressembler à l’idéal de beauté décrété par la société et leurs communautés.
Il est donc important d’œuvrer pour une meilleure représentation de toutes les beautés, de tous les phénotypes et de toutes les morphologies. La beauté est universelle, elle ne doit pas confinée et enfermée dans des cases étroites et souffrir d’une vision étriquée. Toutes les femmes sont belles ! C’est sans doute « bateau » de le dire mais c’est vrai !  Il réside en chacune de nous quelque chose de beau, d’unique et de rare qu’il nous appartient d’accepter, de célébrer et de mettre en valeur en se départissant des normes imposées par la société.
C’est un exercice qui se révèle difficile dans le contexte actuel d’uniformisation de codification de la beauté des femmes mais il en va de notre bien-être et de notre épanouissement personnel pour qu’un jour nous n’ayons plus à nous demander sans cesse« Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ?, » mais que nous puissions dire avec fierté et confiance « Je suis belle ! ».
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5 thoughts on “« MIROIR, MON BEAU MIROIR, DIS-MOI QUI EST LA PLUS BELLE ? »

  1. Tres beau texte ou je me reconnais entièrement! Merci! Faisons en sorte que nos enfants, nièces, cousines..voient toute la beauté qui existe chez les femmes noires! Et surtout que des femmes belle, intelligente aux cheveux crepus peuvent etre des modeles! C est ce qui m a cruellement manquer dans ma jeunesse. .

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